Qui est Bernard Heuvelmans ?

Qui est Bernard Heuvelmans ?

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Qui est Bernard Heuvelmans ?

Bernard Heuvelmans est un zoologiste franco-belge né en 1916 et décédé en 2001. S'il n'est pas le premier à s'être penché sur le cas d'animaux énigmatiques, c'est bien lui qui pos ...

Bernard Heuvelmans est un zoologiste franco-belge né en 1916 et décédé en 2001. S’il n’est pas le premier à s’être penché sur le cas d’animaux énigmatiques, c’est bien lui qui posa les bases de la  cryptozoologie moderne. Son engouement pour les enquêtes animales s’avèrera contagieuse pour un certain nombre de ses futurs collègues : tout ce petit peuple aura la chance de vivre l’âge d’or de la cryptozoologie !

Bernard Heuvelmans termine ses études par une thèse de zoologie  plus particulièrement d’anatomie comparée — portant sur l’étrange dentition du non moins étrange oryctérope (Orycteropus afer), que l’on surnomme cochon de terre africain. Les chicots des oryctéropodidés sont si particuliers qu’ils semblent justifier, aux yeux du jeune chercheur, la création de l’Ordre des Tubulidentés par Thomas Huxley — qui fait alors débat — pour y “ranger” ces cochons fouisseurs vivants et fossiles.

“multiples tubulures compactées sans émail”

Ce qui est manifestement remarquable chez Bernard Heuvelmans, c’est son aptitude à travailler sur plusieurs fronts. À l’heure où la spécialisation est maître, lui se montre curieux d’un grand nombre de disciplines : au-delà de l’anatomie, il se passionne pour la génétique, la physiologie, ou encore le comportement animal (éthologie). Par exemple, il est le premier à mettre en lumière l’appétence épisodique du chimpanzé pour la viande, lui qui n’était vu que comme strictement herbivore. Ce comportement sera d’ailleurs confirmé par la célèbre Jane Goodall.

Le docteur ès sciences zoologiques n’a pourtant pas toujours été l’investigateur ouvert d’esprit que l’on imagine. Voici ce qu’il écrit dans son livre majeur :

Il y a dix ans au plus, je me contentais comme eux de hausser les épaules quand on me parlait de “serpents de mer” ou d’Ours Nandi ; s’il m’arrivait de lire, dans une revue, un article évoquant la possibilité de survivance d’un monstre préhistorique, je ne me donnais même pas la peine de le lire.

Un jour qu’il lit un article dans le Saturday Evening Post intitulé There could be dinosaurs, le scientifique pense à un énième canular de mauvais goût, mais il constate avec surprise que cet article est signé de Ivan T. Sanderson, naturaliste émérite, et qu’il comprend de solides témoignages. Il est donc possible de parler avec sérieux de ce genre de sujet, semble-t-il. De plus, Bernard Heuvelmans était captivé par les connaissances naturalistes des sociétés traditionnelles, et tenait l’ethnocentrisme pour arrogant. Cette disposition à considérer les cultures différentes lui ouvra naturellement la voie à traiter des sujets impliquant ce genre de témoignages. En 1955, il sort son ouvrage de référence, Sur la Piste des Bêtes Ignorées, consacré à des animaux dont on ne sait pas vraiment s’ils sont réels ou fabuleux. Ce livre sera vendu à plus d’un million d’exemplaires, ce qui en fait l’un des plus grands succès de la littérature zoologique.

En 1968 survint l’épisode de “l’homme congelé”, une aventure qui causera un certain tort à Bernard Heuvelmans, non pas qu’il ait été l’instigateur de l’affaire, bien au contraire : quand on lui indique de venir voir un corps d’une créature humanoïde conservée à l’aide de glace, il est tout d’abord très sceptique. Mais quand il se retrouve face au spécimen, au fin fond du Minnesota, son opinion vire de bord et il se croit en face d’une immense découverte ; la dépouille à l’air authentique ! Le souci étant que les scientifiques en mesure de livrer une expertise à qui l’affaire est contée ne font pas le déplacement. Plus tard, lorsque le spécimen est enfin étudié, il s’avère être un faux. Ceci étant, le propriétaire de la chose affirme s’être débarrassé de la charogne au profit d’un mannequin, qu’il peut continuer à exhiber dans les foires sans contrainte de la conservation. Les notes prises par Heuvelmans, comparées avec le nouvel objet, montrent quelques différences manifestes, et il est probable, bien qu’impossible à vérifier, qu’il y ait bien eu deux spécimens différents. Finalement, l’homme congelé aura laissé une cicatrice de frustration au chercheur, dont il aura du mal à se défaire.

Bernard Heuvelmans sera nommé directeur de l’ISC — International Society of Cryptozoology — lors de sa création en 1982. En même temps, il lance la publication du journal Cryptozoology, qui réunit des articles rédigés avec rigueur par des scientifiques de tous les horizons se passionnant pour les animaux cachés. En 1999, soit deux ans avant sa mort, le docteur laisse l’ensemble de son oeuvre scientifique au Musée de zoologie de Lausanne.

Même si le travail de Bernard Heuvelmans, et par extension celui du cryptozoologue, est essentiellement théorique et peut se dérouler entre les quatre murs d’une bibliothèque, le scientifique effectua quelques voyages sur le terrain, notamment au Loch Ness (1961), en Afrique (1967), en Amérique Centrale (1969) ou encore en Malaisie (1993).

Bernard Heuvelmans est considéré par tous comme le père fondateur de la cryptozoologie.

Grison, Benoit — 2016, Du Yéti au Calmar Géant, le Bestiaire fantastique de la Cryptozoologie, édition Delachaux et Niestlé. p. 12-13.

Raynal, Michel — Bernard Heuvelmans, Institut Virtuel de Cryptozoologie. http://cryptozoo.pagesperso-orange.fr/personalia/heuvelmans.htm

Louis Chevillard. Master Systématique, Évolution, Paléontologie, Museum National d'Histoire Naturelle de Paris.